LN comme une madeleine
Une enjambée au dessus de l'eau, un pont et une coulée, du vent, de l'air, du soleil aussi, ou la nuit adoucie. Une longue traversée, une remontée d'estuaire, fil, courant et temps qui passe, l'eau à contre sens, comme un bateau entêté.
Je me souviens, je te retrouve, tu es là comme en robe d'été, tu te poses en mon regard, tu m'envahis soudainement d'un pli de désir. L'annonce d'un après-midi fauve. L'odeur d'une violente et longue sucée. Il fut un temps joli où nous nous sucions comme bonbons, nous avalions comme eau fraiche, nous régalions de nos viandes rougies. Fesses et langue. Mains et fente. Cuisses et caresses. Je te reprendrai en morceaux. Je me gourmanderai de toi. C'est cela, une amitié gourmande... dure et chaude comme le café. Du sucre, du moelleux, de la crème, du champagne en fantaisie. Je te retrouverai, petite madeleine, oblongue bouchée, réminiscence de mon avènement. Je suis né, d'une femme. De toi et de plusieurs, d'une lignée. Femmes qui se tiennent, se donnent le mot sans rien se dire. De mes ascendantes à mes amantes. Toi comme un centre.
Sous un pont, voit-on l'eau s'en aller ? Rien ne coule que si on le déséquilibre, le fleuve comme l'amour, ton corps comme mon puissant désir.

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l'annonce faite à Marie
L'amour est ainsi une essence.
Si je compose ton numéro, et que tu répondes, que va-t-il se passer ?
Le hasard des chiffres, je tombe sur toi. Salut ma belle, je suis le diable. Une sorte, une espèce. Un homme qui a besoin d'amour, qui crie, qui hurle de besoin d'amour, qui n'en peut plus parfois, qui ne pense qu'à ça, qui imagine la scène tant et tant de fois repassée, celle où tu es penchée, en avant, pieds dans l'eau, au bord de la fontaine, dénudée, seins petits seins transparents, fesses ténues et fragiles, dures comme la pierre qui nous entoure, le corps libre, sans entrave, sans rien, et toi qui te laves gentiment, te débarasses d'impuretés symboliques. Je, sauvage, bandant à ta vue, fumant, naseaux vibrants, héberlués, fou d'amour. Je. Le viol est une tentation non préparée, je te surprends. Celle là tu ne l'as pas vue venir, hein salope ?. Je te baise, mon amour.
Salope... celle que je perçois comme telle, celle que tu perçois comme telle. Tu es une salope bien sûr. Qui ne l'est pas ? Puisque même moi suis un salop. Je le suis devenu. Je sais exactement quand. Quand le viol de l'étage au dessus m'est apparu, le viol premier, le viol originel. Toutes les femmes issues de ton image de rédemptrice. Femme exemplaire, mère universelle. La femme, la femelle sublime, l'orifice, le trou noir des femmes. Victimes du sexe qui nous envahit. Plaisir, mais où ?
Ce jour là, je t'ai prise. Tu ne le savais pas ? Tu ne veux pas que je t'envoie un sms aussi pour te prévenir que je vais venir, par derrière, te baiser, sauvageonne.
Rapelle-toi.
Quel sentiment as-tu au bout de ma voix ? Inconnu, je t'appelle, je viens d'on ne sait où. Tu subiras l'homme, la pénétration, tu enfanteras. De qui ? De mon fils. Dieu, toi, moi, je te présente ?
Monsieur, stoppez-ça, je ne suis pas celle que vous croyez, et pas si pucelle que vous fantasmez, imaginez, désirez. Fichu désir. Sidération. Arrêtez.
Je ne peux pas. Je viendrai.
Qu'est-ce que cela te fait ?
Tomberas-tu amoureuse ? Garderas-tu l'enfant que je te ferai ? Il se peut. Je raccroche.
Tu penses au fou. Salaud. Homme à castrer. La vie ne se castre pas. Je viendrai. Tu ne sauras pas que c'est moi. Tu diras fatalement oui, tu m'aimeras sans force. Tu sublimeras le sauvage. Il deviendra un jour mon fils.

tu me manques
tu me manques
et ton odeur et ta voix et ton corps et ton ventre
tu me manques
et tes yeux et ta bouche et tes pieds et ton sexe
tu me manques
et tes bras et tes cris et tes cuisses et ton cul
tu me manques
et tes oreilles perdues et tes doigts qui s'enfoncent
et tes mamelons qui se pointent à l'étonnée de ma bouche
et tes respirations comme une large pluie d'été
et ton halètement à avaler mon désir et ta voix
tu me manques
je me manque et ne suis que l'ébauche je m'estompe
je me nuis je me manque
et ta débauche ? Où ? je m'évapore
tu me manques
je te veux pénétrer en toi par chacun de tes pores
je te veux écraser ton odeur de luxure sur mon sperme exhalé
je te veux et ton désir ton avanie ta beauté
je me veux ne suis plus que moitié
tu me manques en moi
je me manque en toi.
cela n'est pas assez

J'en veux encore.
Tes cheveux sont en pluie, ton corps est en fléchissement, rompu, sucé, abattu, tu n'en peux plus. Ton souffle puise au profond, comme une aspiration qui a besoin d'aller chercher au très loin l'air frais qu'il nécessite. Vivre encore, vivre après. La vie épuise. Le corps, le sexe, l'amour. Je te veux.
Encore.
Ta nuque docile, longue, en colonne, ton rideau de noirceur cachant ton visage très doux, tes lèvres rosies et tes yeux verts, ton miroir de femme, tes hanches qui se rappellent, cette féminine animalité, cet impérieux besoin de les emplir, ton dos tendu et fourbu de l'animal de trait, la bête, et tes courbes tellement pleines de la femme que tu es, deviens. Viens, encore, viens, de ton sexe fendu, de cette nature ouverte sur le mystère et les entrailles, de ta félure, je ferai une sculpture, de l'art, ton étincelle du divin. Déesse. Te voilà, tu l'es, presque. Je le savais. Danaé.
Viens, je n'ai pas fini ma grand oeuvre. J'arrive... tu le sais, je suis toujours là, je cherche, je cherche.
fendille toi
Tu l'es, fendue, tu n'ouvres jamais assez cet espace qui te sépare, tu endors trop souvent tes caresses dans un coussin secret, laisse, laisse, je regarde, je vois, le monde comme de l'incroyable, je vise, ouvre, déchire, élargis, c'est toi qui est entièrement là, nue au plus profond.
Ouverte. Je suis devant, derrière. Le corps est un mystère, mon désir est une baïonnette, j'entrerai là où jamais personne n'a pu entrer. Au dedans de ton cul, au dedans de ton âme. Je saurai, te verrai enfin, seul visage de la féminité, celui que tu te donnes, seule à seule. J'y atteindrai. Fendille-toi !
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désir que sais-je ?
Le désir, une façon de mettre un pied toujours devant l'autre. Ne pas mourir, Pro-jet.
Le désir n'est pas l'envie. L'envie pourrait se vivre seul, nous le faisons. Envie de manger, envie de pisser, envie de dormir.
Je te désire et tout change alors, ce n'est plus j'ai envie. Te. Tout est là. Rencontre, consumation, désir d'un autre. En ce sens le désir n'est pas plus féminin que masculin, il est des deux bords, le même.
Manger, ne pas manger, absorber, ne pas se laisser prendre au jeu, éviter, dévorer la bouche qui dévore, plus grand, plus haut. Il y a dans le désir l'envie que l'autre soit en soi. En vous aimant, madame, je vous veux, en mon intime, je vous laisse me pénétrer, m'envahir l'espace d'une jouissance. Je vous accueille.
Tous féminins. Mais l'homme ne le sait pas bien. Il doit mimer l'acte et se laisser pénêtrer d'une âme intrusive, au moment même où il pénêtre la femme qui le serre.
Echo, ton désir est-il de résonner en une forme d'homme ?
Mon désir puissant est de connaitre.
par ta fenêtre
Mon regard est fait de mots
Il taille il sculpte il digère
Toujours à pétrir la chair
Mon regard est un couteau
Par la fente que tu laisses
Mon oeil entre à l'intérieur
Il vit là comme un ailleurs
qui bat au creux de tes fesses
Je t'écris ce que j'y vois
et j'invente tout le reste
Mes mots sortent de ma veste
puis ils filent comme doigts
Ton intime est mon pays
Et la clef en sont mes lettres
Dévoilée de tout ton être
Tu bien aimée me souris

je t'écrie (encore)
Tu m'attends, du bout des doigts, tu espères.
Je suis au bord, je t'écrie, seul, en silence, dans la nuit qui m'enveloppe, pas un bruit, je t'écris. Tu m'entends.
Nous sommes en espérance des soupirs, nous attendons le moment. Celui d'après le dévalement du langage, celui qui vient quand le monde ne nous touche plus, quand le réel n'a plus de possibilité de tangence, quand nous inventons le monde qui nous crée, enfouis dans la bulle sensible, le sexe de l'un de nous, le sexe de l'autre, reliés.
Je t'écrie, pour ce que tu es au moment où tu me lis. Les mots dépassés nous viennent d'où ? Nous sommes au delà, le corps supérieur se tait, le centre se fait tout.
Tu me lies. Tout ce que je dis est un enchainement. Jusqu'à l'extase ancienne.
Je n'ai pas de culture, sais-tu ? C'est ma nature d'homme ayant absorbé ta nature de femme.
Et là, je t'écrie...
tu me lis
Je t'ai écrit, d'un doux phrasé, long, mélodieux, que j'allais te clouer, trouer, te punaiser, te pneumatiser, d'un geste long, d'un ahanement mélodieux, une musique de mes mains qui caressent, trophée sur mon espace ouvert, te faire une fois encore femme.
Tu me lis et ton doigt le long de mon écriture serrée suit ma pensée. Il se prépare à tourner chaque page, humidifié, allongé et fou. Il sait déjà ce qui viendra, ce que je te dirai, ce que tu subiras en ton intime sentiment. Tu me suis.
Je t'ai écrit. J'aime t'écrire. Tu sais me lire. Je t'imagine.
Tu as en main ma lettre comme une envolée. Je te parle et tu me laisses, m'écoutes. Tu es là, ton pli se fendille, le sourire te vient aux lèvres. Mignonnes, elle sont mon ultime souvenir, ce qui me vient de toi quand je m'allonge, fermant les yeux, humant le bonheur, sentant de mes papilles le sucré, le salé, les profondeurs de ton acide, les volutes enrubannées de tes entrailles, l'exhalaison de toi, le doux papillotement de ta pliure, l'envers de ton corps.
Tu me tiens comme dans l'esprit tu me tiens, l'amour est ici, physique et irréel. L'amour que je te fais, dont tu me barbouilles, m'enveloppes, l'amour de tous tes pores, de tous mes mots. Je suis entre tes mains. Lis moi, vas-y. Ne t'arrête pas, lis moi, de ta langue, de tes mains, de tes hanches, de ton cul. Lis-moi. Je suis ici, en de pauvres mots, tout pour toi.
le souffle qui se tait
Resplendir de ne rien dire, juste se taire et écouter, le mouvement, moi dans tes hanches, mon surgeon en cours, au travail, allant et revenant, filant, refilant, tressant sans trève ce qui te rendra femme, ta sublime indifférence, celle qui souvre et s'étoile au berceau de mon désir. Le mouvement et toi qui crignardise, toi qui ahane mon nom de paradis, toi qui monte un cran après l'autre, souffle sans verbe, aha aha uuui, ha hé, rrrrre, i, viens.
Le souffle m'obsède, je l'entends, toi sur moi, toi sous moi, ou ta bouche en arrogance à la livrée de ma nudité, toi qui me pèle et me taraude, vis comme un poussoir, sans fin et aspirant.
Je viens, bien sur que je viens, je viendrais toujours pour toi. Je serai là. Sans rien dire, dans le silence de mon délire, écoutant, simplement, profondément la folie te gagner, extase vive, muette, sans mot. Le mot n'est plus, le langage est défait. Nous sommes avant.
L'animal. Je suis un loup qui te fendille. Je te pourfendrai, diane des jours heureux, je taillerai dans la chair, dans ton con, dans ton entrée, ta fenêtre, ta cheminée. Père noel sans cadeau.
Le silence ici est d'or, tu ahanes, tu viens. Tu danses, je crois. Je te vois, je te sais, tu tortilles des fesses en bataille, tu serpentes du ventre, tu vibrionnes des seins, tu m'appartiens en intérieur.
Tu ne dis plus rien. Moi non plus. Vide. Mots secrets, sperme lettré, le roman de toute ma présence à tes côtés, à tes pieds, en ton ventre, en ta vulve.
Ton souffle enfin se tait.
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